épisode de reprise
Je n’ai rien écrit ici depuis six mois.
Mais j’ai une bonne excuse : un nouveau spectacle est prêt, et sa première est fixée.
On reparle donc.
Enfin.
Previously dans épistolaire
Je m’appelle Louis-Arthur.
J’écris, je joue, je monte des spectacles.
Épistolaire, c’est l’endroit où je raconte ce qui se passe entre la vie, la scène et le chaos. et à la fin, je vous propose des playlists et des recos.
Intérieur nuit.
Lundi 15 décembre.
1h30 (du matin).
Pigalle.
Je viens de brailler Paroles Paroles de Dalida en duo avec Cécile, à L’Époque, bar karaoké (pas) fameux du boulevard de Clichy.
Autour de moi, des touristes anglais — reconnaissables à leurs bobs et leurs trenchs — chantent faux du Oasis avec beaucoup de conviction. On se prend dans les bras, I don’t Believe that anybody feels the Way i do about you now.
Une chenille traverse la salle.
(Spoiler : j’en fais partie.)
Il y a du K. Maro, des yeux couleur menthe à l’eau.
Marion et Thomas se lancent dans une choré sur Hot to Go! de Chappell Roan, avec derrière eux un inconnu du bar qui s’incruste à notre groupe — et que nous retrouverons sur toutes les photos.
Je repars en taxi en me disant que, ce soir, j’ai peut-être dit adieu à une époque complètement bordélique de ma vie.
C’est là que ce nouveau numéro d’Épistolaire a commencé à s’écrire dans ma tête.
Rembobinons.
Il y a six mois, je suis passé à la saison 2 de ma vie à Paris.
Et pour ça, j’ai dû dire adieu à un petit appartement qui me servait de pied à terre.
Un appartement saturé.
D’objets, de papiers, de souvenirs et d’idées en vrac,
comme si j’avais essayé d’y stocker plusieurs vies en même temps.
Surtout, dans ces quelques mètres carrés, il s’est passé deux années entières de bascule : la création de mon premier spectacle, sa fin, les questions existentielles, ma nomination à la direction d’un théâtre à Paris.
Autant de chaos dans si peu d’espace.
J’ai toujours pensé que les objets parlent. Là, ils criaient tous en même temps.
– Un carton “URGENT” contenant : le dvd de la Revanche d’une blonde, une multiprise et un mot doux écrit sur un ticket de caisse.
– Mon carton d’invitation à l’avant-première de Love Again, la romcom avec Céline Dion.
Soirée où j’ai chanté Pour que tu m’aimes encore derrière Louis Albi de la Star Ac, entouré du fan club Céline. Un moment de grâce, de trouble et de palpitations.
– Mon exemplaire de Connexion de Kae Tempest, avec une tache de dentifrice sur un passage que je voulais pourtant annoter.
– Des carnets où il est écrit “écrire + désirer + oser” dix fois comme des lignes de punition.
Un mélange de névrose organisée, d’ironie mélancolique, de livres bien rangés et de coussins pour amortir l’angoisse.
Alors j’ai cru qu’il fallait faire place nette.
Comprendre : jeter, trier, archiver, optimiser.
Mettre les objets dans des cartons,
les émotions sous le tapis,
et les doutes en “à traiter plus tard”.
J’ai tenté de devenir une version plus fonctionnelle de moi-même.
Une version qui se lève tôt, boit de l’eau tiède,
plie ses t-shirts par catégories chromatiques
et croit très fort qu’une bonne morning routine peut régler une crise existentielle.
Une version inspirée par des influenceur·ses sud-coréen·nes (obsession totale sur Insta) qui rangent leur vie en silence, avec une plante verte, une lumière parfaite
et manifestement aucun traumatisme visible à l’image.
Ça a tenu.
Un temps.
Mais plus je devenais cette nouvelle version extérieure de moi, prévoyant, organisé, serein (en apparence), un moi qui ne faisait pas peser la charge mentale de la décoration d’intérieur sur mon amoureux, mon intérieur prenait la forme de Fran Lebowitz me regardant régulièrement : qui crois-tu tromper ?
Bref, on peut apprendre à plier des t-shirts,
mais on ne se débarrasse pas si facilement de ses obsessions.
Et mon obsession, c’est parvenir à monter mon nouveau spectacle.
J’ai passé une audition dans le petit théâtre où je rêvais d’essayer de faire ma première.
J’ai aussi écrit à un photographe dont j’admire le travail.
Mais entre ces deux tentatives sérieuses, il y a eu le reste.
J’ai profité des joies parisiennes, même les plus inavouables.
Comme manger une crêpe à Saint-Germain-des-Prés au milieu des hordes de touristes.
Ou entrer chez Shakespeare and Company pour en ressortir non pas avec un livre,
mais avec un tote bag.
Personne n’est parfait.
Je n’ai pas parlé du regard de Vincent — moi au premier rang — dans ce studio d’RTL (il m’a regardé, c’est évident),
ni des 150 écoutes de Cette vie de Clara,
ni de ces 13 heures de train entre Paris et les Pyrénées.
Ni sur Instagram.
Pas par stratégie. Pas par mystère. Pas par maturité non plus, soyons honnête.
Juste parce que, pour une fois, je voulais voir si ça tenait sans être raconté.
Parce que je ne savais pas encore si cette audition mènerait quelque part.
Parce que je ne voulais pas transformer un désir fragile en contenu prématuré.
Parce que certaines choses ont besoin de silence pour prendre forme.
Et puis, sans bruit,
ça a tenu.
Et aujourd’hui, je peux enfin l’écrire ici.
Le spectacle existe.
Il s’appelle Merci pour la tendresse.
Et il verra le jour le 24 mars à 19h30, à la Comédie des 3 Bornes.
📷 Thibault Manuel / www.thibault-manuel.com
🎟️ Pour réserver vos places, c’est ici : BILLETTERIE
Ce sera une première.
Pas une “aboutie”.
Une vraie première : en rodage, en construction, encore fragile par endroits — mais bien vivante.
Merci pour la tendresse, c’est un seul-en-scène.
Un endroit où je parle d’amour, de désir, de militantisme, de transmission.
De ce qui nous a été légué.
De ce qu’on essaie de transformer.
Et de ce qui, parfois, ne se transmet plus.
Une génération s’est battue pour survivre.
L’autre pour réinventer.
Entre héritage militant et liberté nouvelle, qui écoute encore qui ?
(Voilà. C’est dit.)
Ces derniers mois, j’ai compris un truc assez simple :
je ne veux plus courir après l’idée d’un spectacle parfait.
Je veux construire quelque chose de juste.
Sur scène.
Avec des gens en face.
Alors on va commencer là.
Dans une salle que j’aime. Un soir de mars.
Et on verra où ça nous mène.
D’ici là, je vais reprendre doucement l’écriture ici.
Vraiment.
Pas tous les quatre mois.
Pas tous les dix ans.
Ici, ce sera le lieu du récit long, des digressions, des obsessions assumées.
Sur Instagram, en revanche, j’ai fait un peu de ménage.
Gros ménage.
Nouvelle ère.
Disons que j’ai eu un moment très Taylor Swift lançant une nouvelle ERA,
mais sans les millions, ni les Grammys.
Juste avec l’envie de repartir propre.
La suite arrive.
La billetterie aussi.
Et cette fois, on va prendre le temps.
Merci d’être encore là.
Vraiment.
À très vite,
Louis-Arthur
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PS : je vous laisse avec de la musique, des conseils lectures et vidéos.
Ce qui m’a accompagné récemment
PLAYLIST
J’ai écrit ce numéro 7 d’Epistolaire en écoutant ces 10 chansons. J’en ai fait une playlist disponible sur Deezer / Spotify :
Parfois - Solann, November Ultra // Better than - Lake Street Drive // As the world Caves in - Matt Maltese // La favorite - Yoa // Love / Luck - James Yorkston & Nina Personn // Buckle - Florence + The Machine // L’inconnu en personne - Bertrand Belin // Moonbeam - The Barr Brothers, Klô Pelgag // Piano Sonata N° 6 in E. Minor, D.566 (Franz Schubert) - Vikingur Olafsson // I’m in the Market for You - Archie Semple
Mes 3 recos des vacances :
📚 Mon vrai nom est Elisabeth — Adèle Yon
🎬 Arco de Hugo Bienvenu (et la chanson de November Ultra à la fin)
📺 Gilmore Girls (meilleure saison de l’année pour s’y (re) mettre)
Merci d’avoir lu et écouté épistolaire. !
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Joli ce projet ! Hâte de le voir à Lille ;-)
Hâte de ce seul en scène ! Bravo !